Sarcasme (ou) Ironie

Ces deux termes font partie intégrante de la normalité.
Ce sont, au fil du temps, devenus des modes de communications à part entière. Mais encore faut-il en comprendre la différence, les intégrer sans les prendre au premier degré ce qui peut parfois s’avérer être un défi.

L’ironie sert avant tout à nuancer un propos et créer une complicité. Elle peut aussi servir de bouclier.
Elle permet d’exposer une opinion tout en gardant une porte de sortie, elle revêt une forme de “protection”.
Elle autorise également la critique ou l’indignation de façon plus intellectuelle et moins directe.
Elle peut démontrer que l’on ne prend rien au sérieux, une forme de détachement désabusé.
Elle reste une suggestion et donne l’impression de maîtriser.

Parfois difficile à détecter, il s’agit d’un décalage entre la parole et la réalité, c’est implicite.
Elle ne blesse pas, contrairement au sarcasme qui peut, lui, blesser plus ou moins profondément.
On peut éventuellement l’utiliser pour détendre l’atmosphère, marquer un non-sens.
Elle amène à réfléchir.  Un décalage entre mots et réalité, un décalage subtil souvent incompris.
Elle n’est pas censée blesser, peut être un peu ceux qui comprennent la nuance. Les autres passent à côté et c’est tant mieux.

L’usage du sarcasme nécessite une forme d’intelligence sociale partagée, il faut créer une sorte de complicité d’esprit avec la personne à qui l’on s’adresse.
Il abandonne toute prétention à la moindre délicatesse.
Il peut également s’avérer, face à la réflexion qu’il amène, utile pour développer la créativité face au message contradictoire qu’il fait parvenir au cerveau qui doit le décoder pour en comprendre le sens profond.
Il est souvent plus tranchant, incisif et peut aussi bien servir de critique sociale que de mécanisme de défense.
Il ne s’agit plus de subtilité, d’élégance, ça doit être compris et très souvent ça fonctionne.
Il faut pour le maîtriser une certaine intelligence sociale pour éviter de sombrer dans l’agressivité.

Le sarcasme numérique est quant à lui plus difficile et dangereux à utiliser.
Ne permettant pas de jauger les réactions qu’il engendre, il est plus mordant et peut déboucher sur une relation passivoagressive (ne pas chercher ce mot dans le dictionnaire il a germé dans mon cerveau).
Un recours fréquent voire systématique au sarcasme pourrait être associé à une forme d’anxiété ou de stress. Si certains ont peut-être besoin de cette étiquette< de Pop-psychology pour se rassurer, j’assume pleinement d’être classé dans cette catégorie si cela leur fait plaisir.

Ces deux formes d’expression (l’ironie plus que le sarcasme) sont devenues une sorte de norme sur les réseaux sociaux et ont transformé nos interactions.
C’est devenu un langage par défaut, on se présente de cette manière, les Mèmes en font partie, c’est devenu un signe de ralliement qui permet de montrer que l’on fait partie d’une communauté, qu’on possède les mêmes codes, c’est devenu une famille à l’heure où la famille disparaît.
On partage des codes à défaut d’autre chose, c’est mieux que rien.


Le petit lexique du cynisme moderne

Complicité : Très sélective (réservée à l’élite qui « comprend »).
Créativité : Optionnelle, souvent limitée à trouver une insulte polie.
Mise à distance : Systématique (ne laissons personne approcher).
Détachement : Purement affiché (en vrai, on bouillonne).
Ambiguïté : Permanente (comme ça, on n’a jamais tort).
Illusion de lien : Tellement confortable dans son canapé.
Connivence numérique : Aussi fragile qu’un château de cartes.
Agressivité latente : Étonnamment répandue,
mais chut… appelons ça du « second degré.