Lausanne, laboratoire de la bonne conscience

À Lausanne, l’écologie avance. La cohérence, beaucoup moins.

Lausanne se rêve verte, vertueuse et visionnaire. Elle se réveille parfois péniblement, rigide et déconnectée. Sous couvert d’écologie et de modernité, la ville s’engage dans une « boboification » enthousiaste dont les conséquences concrètes, elles, donnent beaucoup moins envie d’applaudir.
Les élus actuellement en place ont pourtant été choisis démocratiquement par les Lausannois eux‑mêmes. Cela peut surprendre, mais c’est bien la réalité.
Beaucoup peinent encore à comprendre comment une équipe perçue comme appauvrissant la ville, la rendant plus compliquée et moins accessible, continue à bénéficier d’un tel soutien.
Cela ressemble plus à une destruction systématique du bien-être et de la qualité de vie de cette pauvre ville que de sa valorisation.
Une chose est sûre, pendant ce temps les bobos/écolos pédalent allègrement sur leurs vélos électriques,

le sourire figé et l’air béat de contentement. Ils disposent désormais de nombreuses places de stationnement,

sans toujours sembler conscients que la circulation reste un espace partagé, nécessitant des règles que chacun devrait respecter. Conscience légère, vélo électrique flambant neuf. Ils roulent confiants, leurs mômes empilés tant bien que mal dans des paniers ou des caisses de vélo cargo,

voire des sièges et des aménagements aussi hétéroclites les uns que les autres, issus de montages dignes d’un concours Lépine de la mobilité douce, protégés de la pluie, du soleil, du vent… mais pas toujours du bon sens.
De l’autre côté, les automobilistes tournent. Longtemps. Désespérément. Les places de parc ont disparu, remplacées par des racks à vélos,

des bancs « conviviaux », quelques arbres et des aménagements aussi coûteux que souvent sous-utilisés, inutiles, — ou détournés de leur fonction initiale. On appelle cela le progrès.
Certains y voient surtout un parcours d’obstacles.
Mais là il s’agit d’un autre débat.
Supprimer des places de parc sans renforcer simultanément les parkings périphériques, leur accessibilité ou leur prix revient à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. La transition écologique ne peut fonctionner que si l’alternative est réellement plus simple, plus rapide ou plus économique. 
Qu’on ne se méprenne pas : je ne conteste ni la crise climatique, ni la nécessité de réduire l’usage des moteurs thermiques. Ce n’est pas cela que je remets en cause. Ce n’est pas le combat qui est en cause. C’est la manière.
Ce qui m’inquiète, c’est l’avenir d’une ville qui devient de moins en moins accessible à ses propres commerces. Ils disparaissent les uns après les autres, ferment sans être remplacés, ou laissent place à de grandes surfaces, des enseignes de luxe, voire des commerces dont la fonction interroge.
Une ville vit aussi de ses vitrines. À Lausanne, elles se vident.
Une ville comme Lausanne devrait rester praticable pour tous, pas seulement pour ceux qui peuvent tout faire à vélo et organisent leur vie dans un périmètre de quinze minutes. Supprimons des places de parc, d’accord. Limitons la voiture en centre-ville, très bien. Mais alors offrons de vraies alternatives : parkings périphériques efficaces, liaisons simples, transports publics réellement attractifs — pourquoi pas gratuits ? Cela fonctionne ailleurs. Si cela ne fonctionne pas ici, ce n’est peut-être pas la faute des usagers.
Utilisons les budgets d’aménagement — parfois aberrants et pensés par des personnes qui semblent avoir oublié le sens même du mot « penser » — pour faciliter cette transition vers une ville plus verte mais réfléchie.
Reste enfin une question, un peu gênante : ces fervents défenseurs de la ville sans voitures, comment se déplacent-ils lorsqu’ils quittent Lausanne pour la campagne, à vélo ?

J’en vois très peu. Ils semblent plutôt y aller en voiture — Ces mêmes voitures qu’ils ne veulent plus voir devant leurs fenêtres.
La campagne, elle, n’a pas forcément signé pour accueillir cette bonne conscience motorisée, qu’elle soit thermique ou électrique.
Quand au débat sur la prétendue « vertitude » de ces automobiles, il reste largement ouvert et surtout évité.
« Une politique écologique efficace devrait convaincre par son efficacité et son équité, pas par la contrainte ressentie ou l’exclusion silencieuse de certains usages. »

Parlons aussi du Bobo, parce qu’en définitive c’est en bonne partie lui qui est en train de changer la ville. Mais du vrai, de celui que l’on se permet de genrer comme tel, de ses habitudes, de son hypocrisie, de ses qualités aussi car il faut espérer qu’il en a quelques-unes.
Je n’ai pas l’intention de tous les mettre dans le même panier ni de faire leur procès mais reconnaissons qu’il y a une tendance lausannoise à la boboification depuis quelques années.
C’est plutôt le quartier sous-gare qui est le centre névralgique de la boboitude et de la boboification, mais personnellement il me semble que cette mode a tendance à se généraliser spécialement avec les nouveaux ėcoquartiers comme celui des Plaines-du-Loup.
Mais, selon un constat récent, la mixité du quartier est tellement efficace que l’on peine à trouver une certaine harmonie… par contre, tout le monde est d’accord pour constater que cela ne fonctionne pas si bien que ça!

Le bobo est né aux environs de l’an 2000, c’est un journaliste nommé David Brooks qui, par contraction entre bohemian et bourgeois, décrit une classe libérale et éclairée de cette fin de 20ème siècle.
C’est donc un bourgeois bohème, plutôt citadin et aisé, diplômé, plus souvent de gauche que d’un autre bord, avec des valeurs ėcolo mais très élastiques, progressiste avec une dose d’anticonformisme.
Il vit confortablement et possède une sorte de sensibilité culturelle et alternative.
Son anticonformisme se résume souvent à se contenter d’être un parfait donneur de leçons.
Il habite plutôt des quartiers urbains mais gentrifiés (processus de transformation urbaine qui consiste à s’installer dans des quartiers populaires qui va modifier le tissu social et malheureusement induire une augmentation des prix des loyers et faire migrer la population vivant là souvent depuis longtemps).
Il consomme bio (ça fait genre surtout quand on sait ce que vaut le bio qu’on nous vend), bien entendu, il a les moyens ou se les donne, il consomme souvent local (à mon sens il est plus aisé de consommer local à la campagne mais qu’il reste en ville, ça m’arrange).
Il est éthique, fréquente les marchés et, summum de la boboitude, il utilise son fameux vélo cargo.
Il est ėcolo bien sûr, sensible à la justice sociale.Il vit en ville plutôt au centre ou tout au moins près de tout ce qui rythme sa vie, forcément il faut se faire voir avec son fameux vélo kcargo.
Son cœur penche plutôt à gauche mais son portefeuille, lui, est à droite bien entendu.
Il a les moyens mais se veut cool et aime par-dessus tout son petit confort matériel.
Il a reussi à concilier sa reussite financière avec ses aspirations idealistes.
Son emploi est le plus souvent crėatif et/ou intellectuel.
Il affectionne la mondialisation et s’adapte aux evolutions sociėtales.
Mais c’est également un donneur de leçons, entre autres écologiques, ce qui ne l’empêche pas, une fois son velo cargo rangé et sa nourriture bio empilée dans son frigo, de prendre l’avion pour ses vacances.
C’est de l’écologie de privilégié, pas une écologie de sobriété, une écologie de façade pour faire genre.
Il ne vote pas pour un idéal, il vote pour conserver son petit confort sans pour autant se soucier des réalités matérielles de l’ouvrier.
C’est une forme de snobisme qui lui sert de faire-valoir social en se réfugiant derrière des valeurs dites ethniques.

Étant moi-même un piètre défenseur des vélos en tout genre, je suis resté intrigué devant un projet que je trouve porteur et plein d’avenir. Pour que je reconnaisse un “projet vélo” comme prometteur, c’est qu’il m’a vraiment marqué. Je vous le livre, comme ça en prime.
Allez sur le site du projet il en vaut la peine. Le concept est innovant, plus secure qu’un vélo ou vélo cargo pour transporter ses mômes, ses courses ou autres et comme alternative à la petite voiture électrique pour se rendre en ville depuis un parking périphérique. Avec un impact écologique certainement très faible.
En plus il a un nom sympa, il se nomme Bob. Et l’équipe à la tête de ce projet de Sanka-Cycle à l’air vraiment très sympa.

© Anthony Cheno – Bob est un vélo à assistance électrique avec quatre roues et deux places pour parcourir des trajets jusqu’à 10 kilomètres.

Merci à M. Benoit THOLENCE, co-fondateur, de m’avoir autorisé à parler de BOB et au photographe M. Anthony Chenot à qui l’on doit cette photo de BOB.

BOB

Destiné à être, plutôt loué que vendu.

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