La Campagne

La campagne, oui, mais sans elle

Les em… nquiquineurs ont encore frappé

Il semble que du côté de Lucens une gérance soit à l’origine d’une pétition pour faire taire la campagne.

Pourquoi certaines personnes qui viennent s’installer à la campagne passe-t-elle leur temps à se plaindre… de la campagne ?
Mystère. Il existe pourtant une solution simple : rester en ville. Oui, là où l’on profite des douces mélodies des klaxons, des motos à 2h du matin, des parfums subtils des gaz d’échappement, du voisin mélomane et de son chien chanteur d’opéra. Mais non, ça, bizarrement, c’était acceptable.
À la campagne, en revanche, scandale : il y a… des animaux. Des vaches avec des cloches (quel manque de savoir vivre), des coqs qui osent chanter, des poules qui caquètent, des renards, des buses, des sangliers… Bref, la vie.
Mais attention, ici on n’appelle pas ça des nuisances : ce sont simplement des sons. Ceux d’un environnement vivant. Une sorte de mélodie naturelle incluse gratuitement avec le paysage.
Et puis, comble de l’horreur, il y a des agriculteurs. Oui, ces individus étranges qui travaillent 10 à 12 heures par jour, 365 jours par an, dans des champs, avec des vaches et sans pauses programmées. Ils ont même le mauvais goût de dépendre de la météo, ce qui les pousse parfois à travailler tard… ou le dimanche. Une aberration, aux yeux de certains.

Mais heureusement, certains néo-ruraux sont là pour remettre de l’ordre. Trop de bruit, trop d’odeurs… trop de campagne, en somme.
L’odeur du fumier, par exemple : insupportable.
Pourtant, détail amusant, tout ce que vous retrouvez préemballé dans des barquettes au supermarché provient en grande partie de ces mêmes exploitations que vous fustigez. C’est étonnant vous ne trouvez pas.
Et puis il y a cette innovation qu’on attend tous : les toilettes pour vaches. Parce qu’évidemment, le vrai problème, c’est l’incapacité du bétail à respecter les ex citadins.
Sans oublier les voitures…  oui celles que vous avez amenées avec vous parce que bien entendu à la campagne plus question de vélo cargo pour emmener Bérénice au cheval, Zephir au judo ou encore Lune à la danse.

La campagne est ce qu’elle est. Elle ne fait pas semblant, elle ne s’adapte pas aux sensibilités tardives. On ne vous a pas forcés à venir, rappelons le.
Et maintenant qu’elle est là, cette campagne, avec ses bruits, ses odeurs et ses rythmes, il serait peut-être judicieux de… s’y adapter. Et non, chers néoruraux, les vaches ne posent pas des briques de lait ou des fromages dans les champs. Tout cela demande un travail si vous voyez ce que je veux dire, pas une simple réflexion sur le comment faire pour que la campagne ne sente plus et soit silencieuse en dehors des heures de bureau.  

Dans le Val de Bagnes, certaines plaintes ont tout de même donné naissance à une pétition visant à faire reconnaître officiellement le caractère rural de la région. Une excellente idée.
Ailleurs, certaines communes vont encore plus loin et font signer aux nouveaux arrivants une charte précisant qu’à la campagne, il y a des vaches, des coqs… et du fumier. Révolutionnaire.

Ah, et le clocher qui sonne toutes les heures, voire tous les quarts d’heure ? On en parle, ou on attend la pétition pour silence religieux ?

Ces nouveaux habitants, qu’on appelle les néoruraux, gagneraient sans doute à se souvenir d’un principe simple : ce qui les dérange aujourd’hui existait bien avant leur arrivée. Sinon, à ce rythme, quelqu’un finira bien par s’installer au bout d’une piste d’aéroport… et demander sa fermeture pour nuisances sonores.

Quant à la loi suisse, elle évoque des nuisances qui doivent rester dans les « limites de la tolérance ». Et, curieusement, elle tend à considérer que les activités agricoles traditionnelles font partie de ces limites. Incroyable, n’est-ce pas ?
Alors oui, parfois, des compromis existent. Mais globalement, les cloches continueront de sonner, les vaches de ruminer, et les champs… de sentir les champs.

Et au fond, si vraiment tout cela est insupportable, il reste toujours une option radicale : retourner là où le silence est garanti… entre deux sirènes et trois coups de klaxon.

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