Conduire prudemment
Respecter le code de la route

CODE DE LA ROUTE À GEOMETRIE VARIABLE
Quelle étrange aventure que de circuler en ville. On en vient parfois à se demander si le permis de conduire est encore délivré après examen, ou simplement offert avec un sourire et un café. À Lausanne, le respect des priorités – en particulier celle de droite – tient désormais davantage de la légende urbaine que de la règle de base du code de la route.
Dans un quartier, par ailleurs fort sympathique, situé entre l’avenue de France, la rue du Maupas, l’avenue de Beaulieu, le chemin de Montétan ainsi que quelques débouchés sur l’avenue des Bergières, la priorité de droite est devenue un concept philosophique. Une idée abstraite. Une interprétation personnelle pour chacun.
Je parle de ce quartier en particulier car il possède un nombre impressionnant de rues qui débouchent sur d’autre rues par la droite et où tout un chacun pense être “le conducteur“ qui sait. Alors sans aucune prétention et loin de vouloir affirmer que je suis plus malin que les autres ni infaillible, j’ai longuement étudié la question, j’ai parlé à des professionnels et regardé ce que la loi dit et précise. J’en suis arrivé à la conclusion peu brillante que plus personne ne respecte cette simple règle et j’irai même prétendre que certains ont totalement oublié le b-a ba ne serait-ce que du savoir se comporter à défaut du savoir conduire.
A certaines intersections les conducteurs passent tout droit en vous fusillant du regard l’air de dire “essaye seulement pour voir”, à d’autres ils s’arrêtent avec générosité, vous laissant une priorité à laquelle vous avez droit en vous regardant tout en pensant “allez, vas-y, je suis dans un bon jour et j’ai pitié ”. A d’autres, si vous leur accordez une priorité qu’ils ont, ils vous regardent avec un air de méfiance en pensant “qu’est-ce qui lui prend à lui, encore un qui ne sait pas conduire et qui est un danger de la route.
J’ai tout entendu dans ce quartier en forçant un peu sur la priorité que j’estime avoir, bien entendu TOUJOURS en faisant attention et en laissant courir en cas de doute pour éviter un éventuel accrochage.
Un chauffeur de taxi, par exemple, m’a interpellé avec aplomb : « Et la priorité de gauche ? »
Ah… La fameuse priorité de gauche, on l’avait oubliée celle-ci, sans doute enseignée dans une école parallèle du code de la route. Personnellement je n’en ai jamais entendu parler, mais je reconnais volontiers mes lacunes face à tant d’innovation.
Un chauffeur de bus, ensuite, m’explique – avec le sérieux de l’uniforme – qu’il est prioritaire parce qu’il roule sur une “route”, tandis que moi je sors d’une “rue”. Certes. Sauf que sa fameuse route n’est dotée d’ aucun panneau de route prioritaire, et que ma pauvre petite rue insignifiante n’est décorée ni d’un stop ni d’un cédez-le-passage, ni même d’un marquage au sol (qui d’autre part n’a pas vraiment de valeur sans signalisation en hauteur). Mais qu’importe la signalisation, tant qu’on a la conviction d’être dans son bon droit et qu’en plus on a été promu chauffeur de bus aux risques des usagers.
Je reconnais que je n’aimerais pas être chauffeur de bus à l’heure actuelle, ça doit être stressant de circuler dans ce foutoir mais le code de la route est le même pour tout le monde me semble-t-il.
Ce qui est rassurant, c’est qu’il s’agit là de professionnels de la conduite. Le chauffeur de taxi transporte rarement un bus entier de passagers, certes, mais tout de même. Et le chauffeur de bus, lui, déplace quotidiennement un nombre conséquent de passagers. Qu’il ignore une règle aussi élémentaire que la priorité est affligeant, mais aussi peu rassurant pour ses passagers qui ne savent pas ce qu’ils risquent. Un véritable exploit pour ce chauffeur interpréteur de situations à sa sauce : c’est ma route, ta rue ne m’impressionnes pas.
C’est donc, qu’on le veuille ou non, une priorité de droite. Concept simple, mais manifestement trop audacieux.
Et puis il y eut ce cycliste, sûr de lui, m’expliquant que les vélos ont de toute façon la priorité sur les voitures. Bien sûr. Et pourquoi pas aussi sur les aéronefs. La hiérarchie des priorités étant visiblement révisitee par chacun au gré de son humeur. Ah, les cyclistes, une catégorie à part qui mérite un chapitre entier dédié à ses certitudes et à sa conduite exemplaire en toutes occasions.
Ce qui me désole le plus, ce n’est pas tant l’ignorance que sa généralisation. Les règles communes deviennent facultatives, remplacées par la loi du plus fort, du plus pressé, ou du plus obstiné. Une loi qui ressemble moins à un progrès qu’à une régression assumée.
À force, ce chaos devient la norme. Et la priorité de droite, elle, continue d’attendre sagement qu’on se souvienne de son existence.
En définitive j’aime rouler dans ce quartier, toujours prudemment, en laissant passer et en renonçant si besoin, bref, je pratique la conduite prudente tout en enrichissant mes observations et mes expériences, sans perdre de vue qu’à l’heure actuelle on tue pour une place de parc.
Et que dit le code dans tout ça, parce que dans le fond ça peut en intéresser quelques-uns, ne serait-ce que ceux là même qui ont totalement oublié ces règles simples de la priorité à défaut de celles de la courtoisie et du savoir-vivre.
Une petite piqûre de rappel mais rassurez-vous, même si vous êtes vaccinosceptiques vous ne risquez pas grand-chose.
Zones 20 km/h : Priorité absolue aux piétons. Vous n’avez aucun droit si ce n’est celui de laisser les piétons vous laisser passer, ou pas.
Zones 30 km/h : Les véhicules motorisés sont prioritaires. Cependant, les piétons peuvent traverser où ils le souhaitent, et les conducteurs doivent faire preuve d’une prudence accrue.
Priorité de droite : En l’absence de signalisation spécifique (panneaux ou marquages au sol) dans les zones 30 ou rues secondaires, la règle de la priorité de droite s’applique.
En Suisse, la priorité de droite est la règle générale qui s’applique aux intersections sans signalisation (croisées, bifurcations, débouchés), imposant de céder le passage aux véhicules venant de droite.
Elle s’applique aussi dans les parkings et souvent en zone 30.
Exceptions, parce que bien sûr il y en a, mais rassurez vous elles sont assez simples et faciles à assimiler :
A savoir, sur les routes principales :
Les véhicules sur une route principale signalée (losange jaune) ont la priorité, même sur ceux venant de droite. Mais ces derniers ont un joker pour s’en rendre compte : soit un triangle inversé leur indiquant qu’ils peuvent continuer leur route si personne ne circule sur la route prioritaire, soit un panneau hexagonal (8 côtés) pour leur signaler qu’ils doivent s’arrêter. De plus, au centre du panneau il y a écrit STOP. Ce dernier mot indique qu’il faut s’arrêter et ne pas couler le stop comme beaucoup ont tendance à le faire.
Les panneaux « cédez le passage » ou « stop » annulent la priorité de droite.
Sorties spéciales : en sortant de nulle part, parking, station essence, chemin de terre, vous n’avez PAS la priorité.
La forme de ces deux derniers panneaux (le triangle inversé et l’hexagone) a été étudiée pour que celui qui a le privilège de circuler sur une route prioritaire sache que ceux venant de sa droite lui doivent la priorité.
En résumé : Si aucune signalisation ne régit l’intersection, la droite prime. En cas de doute, la prudence est de mise.
Et pour terminer sur une note juridique voici ce qu’en disent la LCR & l’OCR.
D’une manière générale, la priorité de droite est la règle dans les intersections.
Est réservée toute réglementation différente de la circulation imposée par des signaux ou par la police (art. 36, al. 2, de la loi fédérale sur la circulation routière [LCR]).
Ne sont pas des intersections les endroits où débouchent sur la chaussée des voies cyclables, des chemins ruraux ou des sorties de garages, de places de stationnement, de fabriques, de cours, etc. (art. 1, al. 8, de l’ordonnance sur les règles de la circulation routière [OCR].
Celui qui, sortant d’une fabrique, d’une cour, d’un garage, d’un chemin rural, d’une voie cyclable, d’une place de stationnement, d’une station d’essence, etc. ou traversant un trottoir, débouche sur une route principale ou secondaire est tenu d’accorder la priorité aux usagers de cette route {art. 15, al. 3, OCR de l’ordonnance sur les règles de la circulation routière} Si une voie de circulation ne peut clairement être attribuée à l’un des exemples précités, la jurisprudence se fonde également sur l’importance et la signification que cette dernière a pour le trafic, en particulier par rapport à la route sur laquelle elle débouche.
Un très bon article concernant le sujet :
Avec, cerise sur le gâteau, un petit peu d’histoire :
La forme octogonale du panneau Stop a été adoptée en 1923 aux États-Unis pour être immédiatement identifiable, même dans des conditions difficiles. Sa forme unique permettait de le reconnaître, même couvert de neige ou de givre, ou vu de dos, évitant ainsi les confusions avec d’autres panneaux de signalisation.
Bien que le panneau soit devenu rouge en 1954 pour la visibilité, la forme octogonale est restée un standard de sécurité, souvent décrit comme le seul panneau à ne pas pouvoir être confondu avec un autre.
Le panneau « Cédez le passage » est inversé (pointe vers le bas) pour être reconnaissable instantanément, même par mauvais temps ou de dos, et signifier que la priorité ne vous appartient pas. Sa forme unique indique qu’il faut ralentir, vérifier la voie, et s’arrêter seulement si nécessaire, contrairement au STOP.
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